↳ 3) Rôles

Les harceleurs, les harcelés et les autres

Pour bien cerner la façon dont se présente le cyber-harcèlement, il est nécessaire de préciser quel est le profil du harceleur, du harcelé et des individus qui en sont excentrés. On distingue ainsi les harceleurs des harcelés, et des individus en marge de ces derniers, les « participants », dont l'importance n'est pas anodine (nous le verrons plus tard).

  • Le harceleur est un individu qui lance des offensives verbales ou non de façon répétée envers une autre personne, dans l'unique but de la fragiliser. Souvent, il fait face à une personne qui ne se défend pas ou très peu, et parfois même on a affaire à un groupe de harceleurs.
  • La victime est l'individu qui va subir le harcèlement et qui va être la cible des attaques à l'initiative de (des) l' (les) individu(s) harceleur(s). 
  • Les participants sont, d'après Christina Salmivalli (professeur de psychologie à l'université de Turku en Finlande, qui est par ailleurs un pays réputé pour avoir la meilleure éducation du monde) tous les individus qui sont en marge du harcèlement mais qui vont avoir un certain impact. On compte différents genres de participants :
    • les « assistants » sont ceux qui sont complices de l'individu harceleur et qui vont renchérir le harcèlement pour atteindre la victime de manière plus intense ;
    • les « supporters » regroupent les individus qui ont pour pour rôle majeur d'encourager le harcèlement, souvent en donnant raison au(x) harceleur(s) et en soutenant les assistants. Leur impact reste tout de même moins important que celui de ces derniers, et parfois, le terme de supporters désigne les personnes qui voient la façon dont le harcèlement se déroule, et vont agir en conséquence (gestes abusifs, rires...) ;
    • les « outsiders » sont quant à eux toutes les personnes qui ne veulent par être liées au harcèlement, et qui vont rester en dehors des problèmes sans se rallier à personne ;
    • enfin, les « défenseurs » sont tout simplement les individus qui vont se ranger du côté de la victime en la soutenant pour contrer le harcèlement.

On fait face ainsi à la notion de rôle. En sociologie, ce mot désigne l'ensemble des comportements attendus de l'individu dans le milieu social dans lequel il évolue. Pour ce qui de ce qui caractérise concrètement ces rôles, c'est malheureusement plus complexe : peu de recherches quant aux profils-types du cyber-harceleur ont été réalisées jusqu'à aujourd'hui. C'est Michele L. Ybarra et Kimberly J. Mitchell, tous deux spécialistes en relations sociales et crimes de l'enfance, qui sont des pionniers dans cette recherche de profils. En 2004, à l'aube de Facebook et du réseau social, les deux chercheurs ont publié un rapport rendant compte d'une étude d'envergure et dans lequel ils ont établi leurs résultats.

 

Profil du cyber-harceleur typique

Difficile de mettre au point le profil du cyber-harceleur. De tous temps et en tous lieux, jamais il n'a été le même ; cependant, les statistiques parlent et permettent d'établir le profil le plus courant du cyber-harceleur de nos jours. 

  • Concernant l'âge moyen du cyber-harceleur, Ybarra et Mitchell signalent que les plus de 15 ans restent les personnes les plus susceptibles de harceler (à 55, 8 % des individus qui ont permis l'étude, voir p.1312 du rapport). Les individus de cette tranche d'âge sont, toujours d'après l'étude beaucoup plus enclins à harceler que ceux qui appartiennent au groupe des 10-14 ans. On peut de ce fait affirmer que le cyber-harceleur type est âgé d'au moins 15 ans ;
    • Cette affirmation en sous-entend une autre : le fait que l'individu ait plus de 15 ans implique également qu'il est soit déscolarisé, soit actif, soit scolarisé dans des établissements de l'enseignement secondaire. On peut donc établir que le cyber-harcèlement est nettement plus présent dans l'enseignement secondaire et dans la vie active que dans l'enseignement primaire. D'autres études confirment par ailleurs ceci, telle que celle menée par H. Vandebosch en 2006 ; 
  • Un autre facteur qui est intéressant d'exploiter est le sexe du cyber-harceleur. Pour cela, Robert Slonje et Peter K. Smith, respectivement des universités de London au Royaume-Uni et de Göteborg en Suède, se sont rendus compte du problème grandissant du cyber-harcèlement et ont notamment étudié la question de l'âge des cyber-harceleurs les plus communs. Leurs recherches ont mené au résultat que le cyber-harceleur est très souvent un homme. En effet, on compte que 22,3 % des hommes contre seulement 11,6 % des femmes ont reconnu avoir commis des faits de cyber-harcèlement. H. Vandebosch corrobore cela dans son étude (voir lien plus haut). 
  • Dans le cadre scolaire, on peut se demander quelle serait l'orientation scolaire du cyber-harceleur type. Et bien cette même H. Vandebosch a dans son étude montré que les élèves de l'enseignement général ont moins tendance à être des cyber-harceleurs que des élèves d'autres types d'enseignement dans le secondaire 

Concrètement, le cyber-harceleur moyen est un individu masculin de plus de 15 ans, scolarisé dans l'enseignement secondaire ou actif professionnellement. Pour le cas d'un individu à l'école, on notera surtout qu'il étudie dans des filières non-générales.
De plus, le cyber-harceleur le plus courant est d'après Vandebosch une personne qui a une image relativement positive d'elle-même, estimant sa popularité comme plutôt conséquente. Enfin, Ybarra et Mitchell ont noté de leur côté qu'il s'agit souvent d'un individu qui a un rapport plutôt proche avec la consommation d'alcool, puisque les deux spécialistes ont relevé que la proportion de cyber-harceleurs consommateurs d'alcool est trois fois plus élevée dans la population qu'ils ont étudiée que la part des individus qui eux ne se prêtent pas au cyber-harcèlement (à 28,4 %  contre 8,7 %). Ils ont également noté le fait que le cyber-harceleur est souvent exposé à des symptômes de dépression, ou à de mauvais résultats scolaires (ou encore au travail).

Ainsi, il ressort de cette analyse sociale et psychologique que le cyber-harceleur est un individu au comportement assez problématique et potentiellement dangereux. La victime, quant à elle, est souvent fragilisée par un handicap physique ou psychologique, mais peut également être attaquée, entre autres, pour des raisons sociales, religieuses, d'âge, de genre ou d'orientation sexuelle.

Ajouter un commentaire

Vous utilisez un logiciel de type AdBlock, qui bloque le service de captchas publicitaires utilisé sur ce site. Pour pouvoir envoyer votre message, désactivez Adblock.

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×